souvenirs... souvenirs...

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Message par theflat le Mar 16 Aoû 2011 - 11:25

Alors, vous aussi, vous formez la meute pour l’Ascension ?!... vous aussi, vous célébrez vos retrouvailles le jour où le Fils (de qui ?... là est la question... Matthieu 1-1 et Luc 3-23 n’éclaircissent pas du tout la généalogie du gars... un peu compliqué à suivre... perso j’ai abandonné...) donc, le Fils, écrivais-je, est monté... monté... monté... comme ça... sans rien... si haut dans le ciel, qu’il en est devenu petit, tout petit, invisible... et puis... hop... disparu... plus rien... que dalle... plus de trace... même pas un nuage... rien... nada... Depuis, plus personne ne l’a vu... Pourtant, il en avait vu du monde... en avait fait des miracles... à gogo même (... va savoir s’il en a pas fait un peu trop ?)... et... de la moto ? non, je ne crois pas... mais des rassemblements entre amis, autour d’une table... oui... même qu’ils ont bouffé son corps avec du pain, et bu son sang avec du vin (Matthieu 26-26)... comme font les cannibales et les vampires... alors ?... vous voyez... ils étaient bien rassemblés, en plus à table pour faire ripaille !... et si y’en avait pas assez dans les plats... hop... en deux coulés gros... il te multipliait tout ça : le pain, le poiscail... et même le pinard qu’il faisait à partir de l’eau quand il faisait la noce à Cana... drôle de gars !...
Mais revenons à nos flats...

Un gars d’chez vous, qui est aussi ailleurs... (faudrait qui fasse attention, le zigue... à force de naviguer, va pas tarder à tanguer... faudrait qu’il s’pose... qu’il digère ses lectures avant d’en redemander... et que va dire Madame... voir sa moitié aller ainsi, de forums en forums... écouter les unes, les autres... des histoires contées !), donc le drôle m’a aimablement demandé de vous faire partager son plaisir de lire mes lignes... mes aventures... celles qui gavent mon sac à souvenirs de motard...
Elles n’ont rien d’extra... mais simplement communes, banales... mais, selon les dires, elles vous remémorent quelques passés, un peu oubliés... vous les remettent sous les chasses... pour le plus grand bonheur du lecteur... mais aussi, avouons-le, de l’auteur.

Alors, en guise de présentation... voici la passion selon saint flat...

Comment nous est venue la passion pour la motocyclette en général, la BMW en particulier (la série 2 me concernant) ?... Voilà une question qui mérite réponse (comme toute question, sinon, pourquoi s’interroger ?).
Chacun aura ses mots à dire, ou plus exactement ses lignes à écrire... voici les miennes... (gageons qu’elles seront lues... il y a tellement de gens qui parlent seuls, ou qui parlent pour ne rien dire, ou encore qu’on entend mais que l’on n’écoute pas... et ces autres écrits qui ne sont jamais lus !... Ou alors, peut être que les gens n’ont plus rien à partager, encore moins à transmettre ?...).

Quoique provençal solidement enraciné depuis plusieurs générations, j’ai grandi à Paris, dans le ventre de la capitale : les Halles...
Le jour, l’activité urbaine de toute métropole : commerces divers animés, embouteillage, klaxons plus ou moins stridents, piétons (encore courtois à l’époque), les flics réglant la circulation au milieu des carrefours, la dominant sur leur estrade abritée avec sifflet et autre bâton agité... Pour moi, l’école, les leçons et devoirs, les jardins publics (ceux du Palais Royal, des Tuileries, les squares du Louvre avec les statues de Rodin, où se dressent aujourd’hui les pyramides, la Cour Carrée du Louvre... un environnement majestueux qui imposait chaque jour respect du passé...).
La nuit, un village se construisait... un bourdonnement tout autre s’amplifiait : camions de primeurs du midi, produits des bords de mer, produits fermiers de la France entière, mais surtout profonde... les cris, les engueulades, les forts, les pavillons, les piles de billots, les tas de choux-fleurs, les sacs de patates de 25 kg, les loucherbems et les carcasses de viande sur leur dos, les chariots de tripes, ou les seaux de raisiné encore frais, parfois fumant... quelle ambiance, quelle vie !... les restos, les bistrots en plein émoi... car on mangeait à toutes heures... comme on buvait aussi... le café ou le pousse, le p’tit blanc ou le rosé... ainsi, les affaires s’étiraient jusqu’aux aurores.
Les putes n’étaient pas de reste. Connues de tous, elles continuaient leur boulot, apostrophant le client devant l’hôtel de passes, pauvre touriste égaré dans les ruelles encombrées par tant d’activités. «30 balles, et j’te scalpe le mohican...»... «et moi, j’te souffle dans le poireau pour 25»... «salope !... laisse le moi ce gros minet... Pense à mes rentes...»... «hé, Jeannot, tu m’offres un rince-cochon ?»... «mais ouais, la gosse, viens te rincer le cornet»... «t’es gentil, toi... si tu veux, tu pourras emmener le petit au cirque...» «pas l’temps, Germaine, trop de boulot... après si t’es libre...» Ainsi elles rechargeaient les accus... tout en ayant le radium dans le greffier pour certaines... avant de repartir au racolage. Nombreuses étaient des vioques et si on les mettait dans un cadre XVII°, ça faisait un tableau d’époque... avec leurs roberts en oreilles de cocker et leurs yeux bordés de jambon... Pas toutes avaient la gueule à faire des contre-appels dans les cimetières, mais en croiser une à bloquer les roues de corbillard était fréquent... Tout le monde se connaissait et s’acceptait... les cloches aussi avec leurs poux... et le morceau de lard donné par le viandeux du coin... Même les hirondelles allaient à leur guise, surveillant par routine...
Le matin, tout disparaissait : le quartier était nickel après les passages des arroseuses, des balayeurs... Tout ce petit monde faisait ses comptes avant de se glisser au lit...

Quand les uns pliaient leur monde, d’autres dépliaient leurs journaux : la ronde des BM commençait... Les porteurs pleins de Figaro, Aurore, ou autre France Soir, maniés de mains de maître et avec «précision» par les livreurs coiffés d’une simple casquette ou d’un traditionnel béret, la plupart tête nue, les jambes à l’abri, sous le tablier de cuir, les mains dans les manchons... quelques nez de cochon... et ces flats qui ronronnaient à merveille, fidèles au labeur, attelées ou non... (les solos avaient un grand sac à rabat (vert) posé sur le réservoir pour y mettre les dernières éditions). Toute une époque... vraiment une autre époque... Voilà comment m’est venue le désir d’une moto noire à filets blancs : avoir la tête au vent... mais n’ayant pas l’âge, ma tête restait dans les nuages.

Puis est arrivé cet incident, jour mémorable pour moi. À l’époque, aucune circulation sur les berges de la Seine, les quais étant bien souvent à double sens. Un dimanche matin, rive droite, un peu avant le pont de Bir Hakeim... avec mes parents, en voiture, nous allions «prendre l’air», suivis par deux motards... Sans passagers, les gars étaient vêtus de cuir, avec leur bol sur la tête, et je n’avais d’yeux que pour eux et leurs motos... Quelles étaient belles ! Imaginez : deux Norton Atlas 750cc !!... dans leur livrée grise avec les liserés noirs et le nom magique sur le réservoir : deux Pégases mécaniques !... et quel bruit !... Peu de circulation... bien entendu, les gars nous doublent sans mal... et filent à un rythme sans excès ni surprise : une Norton !... faudrait une Jaguar ou une Ferrari pour les suivre !... Ils sont déjà à une cinquantaine de mètres devant nous, quand une auto fait demi-tour juste à leur hauteur... Le choc est inévitable sur la première moto. Frappé du côté droit, le gars maintient son équilibre et s’arrête peu après, rejoint par son camarade, et les voitures présentes. En appui sur sa jambe gauche, il gueulait comme un boeuf... des cris de douleurs... et cette foutue jambe droite toujours en position sur la moto... et pour cause : le sélecteur de vitesse (à droite sur les anglaises à l’époque) dans le pied ! Il avait tout traversé : botte, chair... profondément ancré dans le membre... Le gars n’était pas tombé !... Les secours sont arrivés... embarqué le blessé après l’avoir dégagé... comment ? je ne sais plus. L’ automobiliste fautif et ses passagers, des italiens paumés à Paris, étaient catastrophés... Voilà comment m’est venue ma passion pour la Norton... une moto d’homme !... Quand j’serai grand...

Quelques temps plus tard, 11 piges, la pension... Tous les 15 jours, nous pouvions rentrer chez nous, et ce, avec joie ! Un prof venait avec une BMW 500... Cette moto, je l’ai vu tous les jours, pendant un an... et pendant un an, j’en ai rêvée... Silencieuse, confortable, propre, jamais en panne... c’était celle que je voulais quand j’aurai l’âge... quand j’serai grand...

Puis, un jour, Montlhéry... courses de voitures et de motos... en alternance... Départ... la poussette... le vacarme... debout sur le repose pied avant d’enjamber la bécane... les voilà partis... et vite, très vite, la blanche et bleue domine totalement la course... Tout de noir vêtu, le casque type aviation aux couleurs de la moto, ce pilote devint mon idole d’un jour. Qui est ce ?... jamais je ne le saurais (peut être Georges Monneret ?). Mais il était vraiment au-dessus... tout en haut du virage... sur sa Norton (ou AJS ?) 500... l’épreuve reine... Bien entendu, il a gagné... (j’ai aussi été envoûté par la Ferrari GTO victorieuse des 1000 km de Paris avec les frères Rodriguez (Pedro et Ricardo) à son volant... en 1963 si j’ai bonne mémoire... Quelle auto !).

Une autre fois, en voiture, nous descendions en Provence, dans la famille. L’autoroute du Sud commençait à se dérouler sans limite... et les radars pas encore installés. Mon père conduisait assez vite à l’époque : l’aiguille oscillait entre 160 et 180... Derrière nous, un motard sur une V7, sans carénage ni tête de fourche... Blanche, aux liserés noirs et rouges, la guzzi marchait du feu de dieu... 200 bornes ensemble... ce jour-là, l’italienne m’a vraiment impressionné et enthousiasmé... j’en étais charmé, au point d’en être conquis... Quand j’serai grand....

La passion s’anime... et m’éternise chez les agents... Bd Sébastopol, vendeur BMW, tout comme Dynamic Sport ou Moto Bastille (Murit est trop loin... ce n’est pas mon quartier) : ah la 69S !!... avec une selle bi-place, un carénage intégral et des bracelets : tout pour se taper les 175 chrono... (on parle d’une nouvelle BM, mais personne ne la voit). Ni l’âge, encore moins les moyens, ne m’autorisent autre chose que rêver... reste Moto Revue... chaque semaine (le samedi ?), en noir et blanc, couverture sur fond rouge... que de motos dans mon garage imaginaire !... La MV ne fut pas délaissée... elle y trônait en place de choix... Quand j’serai grand... bientôt...

Premier périple : Paris - la Provence... hé oui... déjà... en Honda C50, avec mon frère, mon aîné... Il fallait le permis, je ne l’avais pas... n’empêche que j’ai donné un coup de pogne au frangin, pour qu’il ne soit pas seul à conduire... 24 heures à deux, avec armes et bagages... et le petit moulin a fait l’aller... et le retour... 1500 km... Autant dire c’était du solide...

Enfin ma première moto : une Norton Commando Fast Back 850cc MK1, sélecteur de vitesse à droite, tout comme le kick que mes 55 kg ne faisaient pas bouger d’un pouce !... Si les réglages d’une anglaise demande du doigté, sa mise en marche réclame du mollet... Heureusement, l’armée m’avait offert ce coup de jarret nécessaire pour écouter la mélodie caverneuse du vertical twin... mais pas souvent du premier coup. Ne l’ayant pas payée cher, l’état ne pouvait pas être parfait... Disons qu’elle devait être fatiguée, et méritait une remise en forme, ce qui, faute de menue monnaie, ne put être fait... Après quelques milliers de km, elle décidait de choir à Ussel, son joint de culasse ayant préféré expirer... Les volcans étaient vraiment éteints... la Norton aussi. Là déjà, j’ai dû pousser en Auvergne, et malgré cela, j’en garde un bon souvenir... à tel point que je n’ai pu m’empêcher de recommencer beaucoup plus tard... alors que je n’avais plus l’âge...

Puis vint le Guzzi 850GT, solo-side, avec nez de cochon et pneus carrés. Un bon tracteur, mais lourd, très lourd à l’arrêt... et les vibrations qui exigeaient une récupération de boulons et autres qui se faisaient la malle... Certes, c’était sympa, surtout le sélecteur double branches, mais peu pour moi... mon gabarit latin ne lui convenait pas... une transalpine qui préférait les statures germaniques ou norvégiennes... chacun ses goûts... Pourtant, moi, je ne repoussais pas les jolies italiennes...

Elle fut suivie par sa dauphine, une maîtresse : la «Le Mans» 850... tenue de route, freinage, couple, puissance... tout y était sur cette moto... sauf le confort... mais quand on est jeune, on peut dormir n’importe où... Avec elle, je suis allé à la frontière des deux Allemagne, dans le Nord... voir de loin (impossible de près), l’occupant soviétique, la large bande dénudée entre deux rangées de barbelés, surplombée en quelques endroits par les postes d’observation ou de surveillance... et sur l’asphalte teuton, la «Le Mans» était reine à mes yeux... Des milliers de km à ses bracelets, jamais elle ne m’a déçu... fatigué, éreinté ? oui... Je n’en pouvais plus...

Les années passent... l’aurore s’éloigne doucement... le couchant montre ses premières lueurs : rides, cheveux blancs... mais la passion toujours présente : l’ère BMW arrive... j’en ai l’âge.
Une R100R sera mon apprentissage et mon accoutumance... et au fil du temps, au fil des km, j’aurai beaucoup d’affection pour elle et de respect... jamais d’amour fou... mais du raisonnable... Grâce à elle, j’ai oublié la moto pour savourer l’aventure, la liberté, l’inconnu, la découverte de petites routes désertes, de paysages magnifiques au lever du jour (les Cévennes par exemple, les Vosges, l’Auvergne, la Bretagne...), de contrées sauvages sans se soucier de son bon fonctionnement... une union de raison en quelque sorte... Une merveilleuse moto pour celui qui veut simplement partir, sans soucis de mécanique par incompétence dans ce domaine. J’ai sillonné la France au rythme de son moulin (sauf le Nord)... en revenant toujours à bon port... Pare-brise, manchons, tablier, sacoches alu, ainsi équipée, elle vous emmène loin... et par tout temps...

Comme le temps passe...

En guise de conclusion : seuls des passionnés peuvent se comprendre. Ils atteignent le même but par des chemins parfois fort différents... et heureux l’homme qui peut s’évader avec sa monture sur laquelle il se sent bien... pour simplement vivre sa passion !...
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par Pasodera le Mar 16 Aoû 2011 - 12:51

Respect et encore bienvenue sur le forum de toutes les R
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par theflat le Mar 16 Aoû 2011 - 13:54

Montagne du Lure...

Juin, un dimanche, le matin, au p’tit déjeuner, avec ma compagne, Solitude, on bavasse... Dire qu’il va faire chaud aujourd’hui... c’est une boutade... on va suffoquer, crever les poches de graisse... falloir prendre le frais... et la bouteille de rosé... Certes !... certes !... mais où aller ?... voyons la carte... au sud, la mer... là où tous les zozos vont se précipiter tête première dans le centimètre carré vacant... mettre les orteils à l’eau et mourir étouffer du haut... non, merci... reste l’altitude... l’air y est plus rare, plus supportable... et il faut grimper... c’est par-là que j’irai... L’itinéraire est fixé, couché sur papier, glissé pour lecture immédiate dans la sacoche réservoir, à l’emplacement prévu à cet effet... Besoin de rien ? Moi, non... elle non plus... elle a à boire, son meier plein... Direction : plein Est... reconnaissance de la route des Carpates... celle que je prendrai... un jour.

Sur la route, dans l’autre sens... vers la mer, y’a du monde... et plus j’avance dans les terres, moins de coquins dans mon coin... Tiens, une R1200 RT... elle me double en saluant, matant l’ancêtre (je ne sais toujours pas qui, car je suis plus vieux qu’elle... la différence est bien visible... elle n’a pas une ride !)... un gros truc sur deux roues, équipé de malles arrières, d’une grande baie vitrée électrique, de protubérances qui mettent pilote et passager à l’abri de toutes intempéries... vraiment plus le même monde... Guère plus loin, sur le bord de route, elle m’attend... histoire de mieux la voir, la vieille moto de flic... (là, suis sûr, ce n’est pas moi qu’on regarde...) et re-salue, et re-sourire... un monde à part... À ma droite, le Luberon... sa route des crêtes qui aujourd’hui est fermée à la circulation, alors que jeunes, on la faisait en deux pattes, déjà un flat, quoi... Lourmarin dans l’autre vallée, celle de la Durance, où gît Albert Camus... « l’Etranger », « la Peste »... le journal « Combat »... un gars qui écrivait bien, mais perturbé lors de la guerre d’Algérie... Avec Sartre, ils ne se sont plus compris... Faut dire que celui-là, il jouait encore à l’étudiant à l’âge de la retraite... avec une chasse qui faisait le tapin et l’autre qui guettait les poulets... jamais pu suivre son regard...

Voilà Apt, capitale du fruit confit... jolie petite ville provinciale... la place ombragée par de majestueux platanes, protecteurs complices des clients paisiblement installés aux terrasses de cafés... des motos garées... donc, des motards pas loin... bref, je continue... vers Forcalquier.

Suis de plus en plus seul sur la route... vraiment pas grand monde... Gertrude ronronne bien... rien à dire... Quelques salutations de temps à autres... mais pas de quoi avoir des rhumatismes... Le paysage change peu à peu... on sent les contreforts proches... Manosque, 10 km... Giono est dans le coin... « Regain », « le Hussard sur le toit », « les deux cavaliers de l’orage »... c’est vrai qu’elle est belle cette Provence là... Faudra me replonger dans son oeuvre... celle qui parle de nos terres... de nos mystères de familles... des Dominici...
Forcalquier... je change de route... je dois prendre la direction de Fontienne... petite route sur la carte... et guère plus large en fait... et qui ne cessera de se rétrécir davantage au fil des km... pour n’être qu’un serpent sur le versant à gravir...

À l’ombre des chênes verts, l’asphalte grossier, rugueux, se déroule sous les pneus... 600... 800... 1000 m... ça monte... et le flat continue son rythme de berceuse pour nouveau né... doit bien faire 35 degrés... devrais m’arrêter pour boire un coup... ce serait plus sage... ce fut Saint Etienne les Orgues, ma halte, sous un platane... la terrasse d’un café, sur une place (décor classique dans le pays...) fera parfaitement l’affaire... des motards... quelques uns... peu nombreux... sans intérêt... Sous mes yeux, l’ardoise du jour pour la becquetance : aïoli maison... par cette température, la torpeur est assurée, la sieste obligée... je ne change pas d’intention : une boisson chaude sera suffisante pour éviter aux glandes de se dessécher... et garder mon éveil...

Je poursuis mon escapade... et continue de grimper... 1200... 1300... 1400 m... c’est magnifique... des virolos à n’en plus finir (sur 42 km...)... de temps en temps, par-ci, par-là, un groupe de crapahuteurs,... de gens qui cassent la graine... mais pas grand monde... suis vraiment au calme... au frais... Enfin, le sommet : environ 1700, 1800 m... Un regard d’où je viens : douce pente qui s’étire pour se perdre dans un horizon sans fin... sans cassure dans cette harmonie reposante... L’autre côté : une plongée abrupte... net, sans bavure... le contraste est saisissant... Musique de chambre pour l’un, âme russe de l’autre, tourmentée, hésitante, résignée... ou encore, du Beethov, du Wagner... du brutal... ça vous remue les tripes cette beauté magique, accidentée, agressive... Au loin, des sommets enneigés... quelle vue !... Même la Berthe sur sa béquille latérale (on dirait la boiteuse, avec la sienne, toujours penchée de côté...), en a le souffle coupé... Et ici on respire... lessivage des bronches... quel air !... Deux ou trois motos passent : des GS... on se comprend... J’ai du mal à décoller d’un tel tableau... et ce vide... là, à mes pieds... magnifique !... Et dire que des gens dans leur vie, ne voient que rentabilité... étriqués dans leur air conditionné... quelle tristesse !

La descente par l’autre versant ne cessera de m’émerveiller... et le frein moteur amplement suffisant pour oublier la pente... Ombre, cagnard, chaleur, fraîcheur... l’alternance instaurée... J’irai ainsi jusqu’à l’axe Sisteron - Vaison la Romaine, que j’emprunterai à 5 bornes de Sisteron, direction le couchant... En voilà une jolie route... et Violette l’apprécie... même ses deux gamelles ne me donnent pas chaud aux pieds... un billard dans un décor enchanté : voilà ce qu’est la Drôme provençale...

À Montbrun-les-bains, une halte désaltérante... s’humecter les babines, le gosier... se ventiler les paluches... se détendre le fessier... Un couple avec une 1150 ou une 1200 RT... sais plus au juste... continue leur virée... la manoeuvre du demi-tour sur la place ne semblant pas évidente avec un tel bestiau... et tout ce calfeutrage pour se protéger de l’air... Quelle idée d’s’embarquer sur un tank dans ces contrées, avec une telle chaleur... Même un solex pouvait faire l’affaire... Et si l’électro fait des siennes, te chauffe l’assise, les paumes des mains, avec du 35°, voire plus, à l’ombre... j’t’dis pas les dégâts... z’auront besoin d’une provision de glaçons au prochain arrêt... histoire de calmer les chaufferettes... et de ne pas rester coller.

Je longe, par le Nord, le massif du Ventoux... et décide d’en faire le tour, le chevaucher par le sommet... Malaucène... sa fumeuse montée, les 8, 9, 10,5% de dénivelée... des cyclistes zigzagant sous l’effort, certains plus que d’autres... la BM parmi eux rappelant, peut être, à quelques uns une étape du Tour des années 60... dix neuf cents mètres... je me pose quelques instants... (là j’avoue, Germaine a apprécié... même fait un hoquet avant de s’mettre en veilleuse...) pour contempler le mont chauve et les vallées environnantes... dominer ce qui est sous soi... contempler la Nature, sa beauté... les oiseaux qui glissent sur l’air, tout proches, selon les courants qu’ils suivent... Il me faudra venir, un matin, très tôt, pour respecter en silence le lever du soleil... cet astre qui chaque jour, nous apporte la Vie !... nous l’offrant sans condition, sans jalousie... comme une mère donne son lait à son enfant, sans condition, sans jalousie... (Telle fut la réponse du duc des Saxons Widukind au moine borné venu lui casser les oreilles dans sa cellule de prisonnier pour tenter de le convertir : « Ma mère m’a donné son lait sans y mettre de conditions ; elle était meilleure que ton Dieu »). Peut être, un jour, mes dieux m’inviteront à leur table, festoyer, m’enivrer avec eux... souhaitant mon défi pour mieux me ridiculiser ensuite... Ah, les coquins !!... Pour l’instant, je ne peux les attendre... je me dois continuer, poursuivre, quitter ces hauteurs divines en empruntant la descente... celle qui va sur Bédoin... et rentrer tranquillement chez moi, sans histoire... comme je suis parti... en toute simplicité... tout heureux de cette merveilleuse balade que ma p’tite reine m’a offerte... celle qui emplit ma boîte à souvenirs...
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Dernière édition par theflat le Mar 16 Aoû 2011 - 14:03, édité 1 fois
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par theflat le Mar 16 Aoû 2011 - 14:01

La première fois... selon saint flat...

La première fois... tout homme se souvient de la première fois... comme les femmes, aussi... Faut dire, qu’avec nos blancs cheveux, nous sommes une génération qui de bambin nous devenions jeunes hommes, fier d’avoir... pour la première fois... Le monde d’avant n’était plus le même après... pourtant, pas grand chose n’avait changé... sauf pour celui, ou celle, qui avait osé, pour la première fois... poser ses fesses sur la selle d’une série 2... C’était la moto par excellence au même titre que la Bonni ou la Norton... Les gonzesses se mettaient souvent derrière... rarement devant... chacun à sa place... et comme généralement le spécimen féminin de l’espèce humaine est de taille inférieure à celle de son homologue masculin, ceci explique que la selle mono de la passagère était plus haute que celle du pilote : ça compense... et, une fois assise, la femme était vraiment à la hauteur de son pilote... C’était l’époque qui, d’une inégalité, on en faisait une équité... On savait qui faisait quoi... La BM était conduite par monsieur, madame contemplant le paysage... Aujourd’hui, entre le filiforme, l’accoutrement, l’intégral, on ne sait plus qui est qui... et si on rajoute le comportement, alors le qui fait quoi n’a plus de sens... ça choucroute ferme dans les chaumières... et aux feux rouge, on se mélange les pinceaux... «pourtant, j’aurais bien cru...»... planté le gars, sur toute la ligne... c’était un mec !...
On s’égare... revenons à nos flats...

Comme toute chose, il y a un début... et pour commencer, va falloir passer le permis...
Vu la taille de votre serviteur, vu le poids et la grosseur de la moto, vu le gabarit des moniteurs, et vu mon inexpérience pratique des poids et mesures tant à l’arrêt qu’en mouvement, mon choix, judicieux s’il en est, fut l’option, pour apprendre à conduire, de préférer l’attelage au solo... et à Paris, dans le centre, il en est un que je croisais souvent : une série 2 et précision à ses côtés, boulevard Saint Germain...
De mémoire, c’était le soir et déjà nuit... donc, aux alentours du solstice d’hiver... et le port du casque n’était pas obligatoire... L’attelage était là, austère, pas un sourire d’accueil chaleureux... à l’image du moniteur... Faisaient bien la paire ces deux-là... Le premier avoisinait les deux quintaux et demi... le second n’était pas de reste... ce qui me permettait de n’avoir aucun regret sur mon choix... et d’éviter les sueurs froides quand vous sentez la roue avant décoller alors que vous êtes toujours à l’arrêt... Les amortos étaient renforcés... c’est sûr... ou alors, y’a longtemps qu’il n’y en avait plus...
Conduire pour la première fois de sa vie une moto, de plus attelée, n’est pas chose aisée... dans Paris, cela se complique... et à l’heure de retour du boulot chez soi... y’a pas mieux pour vous rappeler certains classiques : «si j’avais su, j’serais pas venu...»... et quand le moniteur est Harpagon pour les conseils de maniement d’un side... vous ne faites plus le fanfaron...
Pour mon passager, je n’allais pas assez vite... et puis, je n’allais pas assez droit... et puis, je ne prenais pas convenablement mes virages... tantôt trop larges, tantôt trop serrés... et puis, on tourne la tête pour regarder autour de soi... tout en faisant attention devant soi... et puis... et puis... jamais pu m’y faire à ce truc d’apprentissage à trois roues... La moto, c’est sympa... mais alors, choper Parkinson si jeune, ça ne me tentait guère... Une heure de leçon, une heure de calvaire... Partis par la rue Saint Jacques, vous savez, cette rue qui monte de la Seine jusqu’au Panthéon, longeant la Sorbonne d’un côté, le collège de France et le lycée Louis Le Grand de l’autre... cette rue embouteillée, les uns derrière les autres, le moindre espace vide pris d’assaut par un quelconque conquérant, les bus à plate-forme arrière, reculant en côte... bref, vous voyez le topo... avec un side de plus de 300 kg avec les acolytes, aux freins quelque peu lâches... qui, à l’arrêt, a tendance à descendre alors que vous êtes dans le sens de la montée, qu’il vous faut aller de l’avant, sans toucher le pare-chocs qui vous précède... mouais... ce machin... pas trop fait pour moi dès le départ... Une seule consolation : pas obliger de chercher désespérément le sol avec les pieds à chaque arrêt... et dieu sait s’il y en avait des arrêts dans ce capharnaüm. Passé la porte de Gentilly, on s’est enquillé la banlieue, dans le noir... avec un phare qui éclaire à peine la roue avant, le pavé encore moins... et le crachin parisien qui s’y met... la totale... Et bien entendu, si vous montez à l’aller, faudra descendre au retour... Suis jamais retourné pour une seconde leçon... Peut être que le gars a été déçu de ne plus me voir... moi pas... enfin, un peu tout de même : il m’le faut ce permis... le temps passe...

Ma seconde expérience de série 2 est déjà plus attrayante... Un ami, un vrai, désire en acquérir une... Il n’a pas le permis... moi, si... le vendeur qui deviendra plus tard célèbre pour ce modèle... n’en est qu’à ses débuts, là-bas, au fond du jardin... la moto semble en bon état... une 500 dans son jus... L’affaire conclue, faut rapatrier la belle chez son nouveau propriétaire : 100 bornes, l’hiver, la nuit... le verglas... la Beauce... c’est sinistre... La BM a bien marché... nous, beaucoup moins... même plus du tout dans seconde partie du trajet... frigorifiés, gelés, la sensation des poumons brûlés par l’air froid... c’est la Berezina... Même les vieux grognards de l’Empereur avaient meilleure allure... On est tout de même arrivé à destination... mais dans quel état !... Et dire qu’on n’a rien attrapé !... Même le Diable ne voulait pas de nous... son feu bien trop insuffisant pour nous réchauffer... et puis, peut être, qu’on lui faisait peur... On se marre encore de cette épopée quand on se remémore avec mon ami, un vrai... ce bistrot où nous avions bu le café pour nous ravigoter les connexions cellulaires... et l’autre cloporte qui voulait casser la chaise sur la tête du zombi, son voisin, pour une histoire de femme... Sais pas si la concernée était celle qui nous servait, mais le mobilier ne méritait pas d’être fracassé... enfin... les goûts et les couleurs...

Voilà, ça y est... je suis en chasse pour ma série 2... Je commence les approches... le coup de fil... le rancard... les visites chez les pros... J’en vois à toutes les sauces... Au village, ils en ont... mais... mais... le déclic ne se fait pas... Pourtant... ça devrait... y a le matos... un side blanc, une 60, un porteur aménagé deux places... et un nez à deux phares, un bell de mémoire... elle fait même les cérémonies de mariage qu’on me dit (moi qui divorce, ça m’en fait une belle !...)... elle jouxte une 69S, une noire... oui... d’accord... et après ?... suis pas un bon client... un voyeur à tout cassé... pas plus... Vaut mieux que le gars aille désherber son jardin plutôt que de me faire la jactence sur les dons des belles de son patron...
Une autre 60, chez un concessionnaire de la marque. Celle-là est déjà beaucoup plus intéressante... Un échange ? à mille balles prés, elle reste en concession...

Les mois défilent, les années passent... et ma série 2 pas encore là... Demain, il fera jour... on verra bien...
Tiens, la LVM... oh, celle-là n’a pas l’air mal... le bigophone à l’oreille, le rancard se prend pour le dimanche à venir... en plus, dans la région... ça vaut la peine... Faut déjà la sortir de l’écurie... un coup de benzine dans les bronches... elle part pas... elle tousse... elle gémit... s’arrête... recommence... la crise d’asthme approche... les mollets du gars commencent à grossir... et puis soudain.... poum poum poum... la v’là qui cause... Bon... y’a du boulot... mais elle est complète d’époque... un meier, du 12 volts, les pare tibias, le porte valoches... même le rétro situé bas pour mieux voir les genoux cagneux d’une passagère, à l’occasion... Elle a une selle bi (bi-place, bien entendu... à notre époque, vaut mieux spécifier), et en prime une mono... On tape dans nos mains... je viendrai la chercher et partirai par la route... Payer un prix, le remettre pour une resto, je suis au tarif d’une belle refaite... Le fameux jour approche... et voilà la drôlesse sous mes fesses... ça tremblotte de partout (certainement l’émotion...), s’arrête après le carrefour, 500 m plus loin, parcourus debout sur les freins,... atteint quelques km/h après une poignée en coin au bout de 5 bonnes minutes... j’sais pas si j’ai fait une bonne affaire... et ma godasse toute mouillée !!... c’est quoi ce bazar ??... J’avais 80 ou 90 bornes à faire... heu... j’ai des doutes... eh bien... je les ai fait avec elle, sans panne... c’est déjà ça... Deux ou trois pièces changées, comme un flotteur, le filtre, les bougies, une vidange de l’ensemble, les réglages de base... et va ma poule... quelques dizaines de km chaque fois... on note tout ce qui ne va pas... et l’hiver prochain, l’opération pontage à coeur ouvert... changement des valves, de l’appareil digestif, des moyeux et roulements de locomotion, même le système nerveux si nécessaire... seul l’éclairage ne mérite aucun commentaire... exceptionnel... Je m’en séparerai pour l’élue actuelle...

C’est le seul modèle que j’ai enjambé quatre fois dans ma petite vie de motard. Et jamais je n’ai eu les mêmes sensations... comme quoi, aucune série 2 ne se ressemble... et chacune vous offre ce qui, plus tard, seront de merveilleux souvenirs... ceux qui ornent votre vie...
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par boxer54 le Mar 16 Aoû 2011 - 18:44

C'est superbe,
à dévorer sans fin.

Quand les touristes du forum reviendront, ils auront de la lecture,
que du bon, avec de vrais morceaux de moto et de plaisirs dedans
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par ERIK 06 le Mar 16 Aoû 2011 - 22:28

Bravo pour cette superbe présentation. Vivement la suite.
Bonjour de Haute Savoie et parmi nous
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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par titi 4600 le Mar 16 Aoû 2011 - 22:54

le messager de dieu est sur le forum

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Re: souvenirs... souvenirs...

Message par theflat le Lun 22 Aoû 2011 - 19:53

Alors que certains se congratulaient en Anjou, que d’autres oeuvraient de leurs doigts de fée pour obtenir l’étincelle salvatrice de bien des méfaits, certains, à l’esprit réducteur, ne faisaient qu’une unique chose : rouler... Tel fût mon cas, par obligation, pour rentrer chez moi.
La capitale - la Provence : environ 700 km en moto BMVé série deux... non stop... (je précise que la série deux est aussi une moto car, il m’a été répondu par des concessionnaires parisiens de la marque, qu’ils ne faisaient pas les autos... ou encore, qu’ils n’avaient pas le filtre à huile pour ce modèle... Gênant pour une société qui veut marquer l’histoire en perdant la mémoire...).
Me voilà donc prêt pour le retour. D’abord, sortir de Paris : circulation en tous sens, scarabées motorisés (les scooters) chevauchés par des zombies dont le port du casque limite réflexion et vision, piétons et autres cyclistes se considérant seuls au monde, ayant la loi pour eux mais par forcément leur destin, feux tricolores ornant les nombreux carrefours comme des lampions de fêtes d’autrefois, alternant leurs couleurs au rythme endiablé que mes freins ne peuvent suivre... et ces odeurs nauséabondes, bref, m’extraire le plus rapidement possible de ce monde infernal, emprunter cet autre univers tout aussi monstrueux qu’est l’autoroute pour atteindre nos routes, nationales ou départementales, si chères à nos motos (une pensée à J.TATI, son film «Mon oncle» et le vélosolex...). Batailler du regard, des doigts, des pieds, durant une heure avant de se détendre, respirer les premiers arômes champêtres, et savourer enfin un peu de calme et une (relative) tranquillité, et écouter les poum...poum...poum... réguliers comme une berceuse à deux roues.
Pour ce périple fait régulièrement depuis l’année dernière, trois itinéraires s’offrent à moi : la N.6, sillonner le Morvan, route excellente et beaux paysages, mais chargée en camions (conséquence de péages excessifs et de tarifs transports toujours trop élevés aux yeux des clients), et la traversée de Lyon qui n’a rien à envier à Paris pour nos machines. La N.7, austère, peu accueillante, peu de charmes pour cette dame qui prend de l’âge, ses trop nombreuses portions à quatre voies et la tristesse de Saint Etienne y font beaucoup. Passer par Vichy pour rejoindre Le Puy en Velay ? je connais... Ou alors la campagne, le tracé pittoresque, guère plus long, celui que je choisis : Paris - Milly la Forêt - Bellegarde - Sully sur Loire - Bourges - Montluçon - Clermont Ferrand - le Puy - Aubenas - la rive droite du Rhône... et pour principe : « Qui veut aller loin, ménage sa monture ». Vitesse de croisière : 80 / 85 km/h compteur, parfois 90, voire 100 quand la route l’autorise. Pas d’autoroute, pas de grandes agglomérations. Parti avec soleil et chaleur, la moto, peu chargée, ronronne à son aise, comme un chat au coin du feu. Les kilomètres défilent... les idées aussi. Halte à l’abbaye de Noirlac : petite restauration légère, et repos pour la belle. Une heure après, tout est rentré dans l’ordre : je roule. Perte de puissance, ratatouille assurée, il est temps de mettre la réserve. Calcul rapide du ciboulot : environ 4 litres restants, soit 70 / 80 bornes... le plein à Riom, voire Clermont, c’est tout bon... L’Auvergne s’annonce... les premiers contreforts... les dénivelées s’accentuent... les descentes plus marquées... et re-ratatouille, re-perte de puissance... choucroute ferme la donzelle... Cette fois, c’est pas bon, mais alors, pas bon du tout... rase campagne... Un poste d’essence ? voilou !... Rien, queue dalle... Pas l’ombre d’une pompe !... des près, des vaches, des veaux... des corbeaux... ça oui... mais du benzine ?... pas une goutte... (à une époque, une personnalité, dont l’Histoire n’a daigné garder ni son nom, ni son renom..., avait déclaré qu’en France, nous n’avions pas de pétrole, mais des idées !... On comprend pourquoi l’illustre personnage fut oublié...) Et si le moteur s’arrête faute d’aliments, la pente aussi... La poussette, il n’y a que ça de vrai pour avancer quand la moto ne le fait plus d’elle-même... J’arrive dans un bled, un patelin... un homme (un coureur à pieds) vient à mon encontre : « le prochain poste ? Riom, 7 km... mais la nationale est dangereuse ici... Je vais chercher ma voiture et nous irons pour l’essence. Nous mettrons votre moto chez ma mère qui habite à 50 m. Elle sera à l’abri ». Un gars très sympa, charmant, comme on en trouve dans ces pays... des authentiques, débordant de gentillesse, de simplicité, pas des siphonnés du carafon ou autres bobos coincés des cervicales dans le vernissage idéologique, au look ravageur de baroudeurs de grandes surfaces pour les écervelé(e)s... et dont les seules références intellectuelles sont les émissions de télé... le foot et le fric, sans oublier DSK.
La moto s’est reposée pendant 1h1/2 ou 2 heures, la garce !... Va être en forme, elle, alors que moi, bras écartés pour mieux pousser, et les cylindres parfois dans les tibias, suis éreinté (les grands de taille n’ont pas les mêmes inconvénients, ils en ont d’autres... tout comme des avantages...). La vache : me suis planté dans mes calculs... Me manquait dix bornes !... Avec trois litres dans le gosier, la belle, au premier coup de kick, me charme d’un clin d’oeil, me sourit et m’offre selle et poignées pour l’enjamber... Comment lui résister ?... Avec elle, je veux aller loin. Direction, Riom, pour faire le plein... et le vide de mes interrogations. Et comme les événements se suivent, la nuit succède au jour... et la nuit en série 2, ce ne sera jamais le jour. Entre veilleuse et code, la différence n’est pas probante (à part la position du clou !)... et entre code et phare, la nuance n’est pas sensible... Enfin, je me console : au loin, le ciel s’illumine ponctuellement... strié par de belles lumières brèves mais puissantes... Certes, j’y verrai bien, comme en plein jour !...
Clermont Ferrand passé et délaissé sans regret, me voilà sur la route du Puy en Velay, en passant par Brioude... Philippe connaît bien ce coin... Luc aussi. Beau tracé pour nos BM, mais de nuit ??!!!...
Quelques souvenirs me reviennent : notre premier rassemblement... notre première rencontre... des visages sur des noms... nos motos... et que d’eau au retour... oui, oui... c’était dans le coin, de l’autre côté de l’axe Clermont - Montpellier... trois ans déjà... et le quatrième qui s’accomplit.
La moto fait de plus en plus de bruit, un échappement libre ?... et le faisceau de mon phare de plus en plus puissant : je vois sur plusieurs km en quelques dixièmes de seconde... vraiment la série 2 me surprend... Moi qui croyais qu’elle était silencieuse et mal éclairante... Je réalise trop tard mon erreur de jugement : la grêle, avec une pluie violente... en quelques minutes, je suis trempé... Le cuir est lourd sur les épaules, aux jambes..., la route, je la devine, mais pas la buée... Trouver un abris... voilà ma quête... Quelques kilomètres, un auvent de station service d’une quelconque supérette fera l’affaire... et j’attendrai l’accalmie, seul, dans la nuit, à la lumière d’un néon, en compagnie d’un crapaud, qui lui, semblait à son aise ! Heureux qu’il était, le bougre !!...
Il est environ 1 h du matin, et il bruine... je repars. Sur un panneau, je lis 11°... 1100 m d’altitude et entièrement mouillé... En d’autres termes, il ne fait pas chaud, pour ne pas dire, je me gèle. Je continue, et m’enfonce dans le brouillard de plus en plus épais. Si l’éclairage de la série 2, en 6 volts, ce n’est pas génial... dans la purée de pois, c’est pire : nul, inexistant... le trou noir ! Même une bougie pourrait faire anti-brouillard ou... longue portée ! Je suis les pointillés au sol, à 40 / 50 km/h... sans rencontrer de véhicules (3 seulement entre le Puy et Aubenas !!)... et toujours des éclairs, le tonnerre... manquerait plus que la foudre sur la tronche !... ça claque, ça pète, ça éblouit au-dessus du casque... Le spectacle est magnifique, grandiose, impressionnant... Les dieux se joueraient-ils de moi ?... Ils s’amusent et moi je m’enivre de cette nature à laquelle j’appartiens, pensant qu’en voiture, les sensations ne sont pas les mêmes... plus agréables pendant, mais sans souvenir après. Vrai que nos machines ne freinent plus, ni n’éclairent nos routes dans de telles circonstances, vrai qu’elles peuvent s’avérer délicates en stabilité avec chaussée trempée, inondée, et vent bien présent... mais quelle fidélité dans la rudesse des intempéries... La descente sur Aubenas (celle de la Mayre) se fera à petite allure : froid, brouillard, pluie fine continue, m’imposent une cadence lente... les animaux sauvages et la fatigue aussi. Je roulerai jusqu’en Avignon, épargné des intempéries environnantes. La nuit s’étire, cédant place aux premières clartés. La circulation s’anime... un peu. Et moi, comme le veilleur de nuit, je termine ma ronde, mais ne dis plus : « Dormez braves gens, dormez... il est telle heure et je veille... ». Dix km encore : suis bientôt arrivé... enfin !... Encore une fois, les dieux viennent à moi... un déluge comme la Provence en a quelquefois... Je sens l’eau ruisseler sur ma peau... comme en plongée, à l’intérieur des combinaisons. Qu’importe : je finis mon périple... point d’arrêt pour si peu, de distance mais pas d’eau !... Je vois très bien la route : normal, je la connais et il fait jour !...
Parti vers 12 h 30 le vendredi, j’arrive à bon port le lendemain aux alentours de 6 h / 6 h 30... fatigué... mais heureux !... en ayant fait un pied de nez au monde formaté, uniformisé, universaliste, homogène et totalement soumis au devoir de précaution et de l’assurance, ne laissant aucune part au libre choix de son destin ni à l’aventure. Mes dieux y ont bien contribué, ayant tourné le dos à ceux qui les ont délaissés.
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